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Le foc, la misaine et le taillevent d'Ar Jentilez sont rouge

Nos bateaux ont des voiles rouges, certains se demanderont pourquoi.

La réponse est assez simple. Pour leur donner l'allure des voiles anciennes.

Mais, comment étaient les voiles dans le temps ?

Actuellement, les tissus synthétiques ont remplacé les fibres naturelles sur la grande majorité des répliques de bateaux traditionnels ou sur les bateaux anciens restaurés.

Les tissus synthétiques comme le "Clipper Canvas", tissu polyester imitant le coton, ou autres, sont coloré dans la masse lors de fabrication de la fibre.

A l'époque de la voile, les voiles étaient en toile de chanvre, de lin ou de coton. Le chanvre et le lin étaient utilisés depuis des temps très ancien. Le coton, du moins en manche et en atlantique est d'un usage plus récent, il fait son apparition, à titre expérimental, sur des voiliers de commerce vers 1825, et apparaît alors comme un matériau quasi imputrescible, se déformant peu et à la durée de vie nettement plus importante que le chanvre.

Dans le Trégor région productrice de chanvre et surtout de lin, il serait intéressant de faire une étude sur la persistance de ces matériaux dans la fabrication des voiles. Comme exemple, à Paimpol, pour les goélettes armées pour la pêche à l'Islande, l'usage d'une grand-voile en chanvre perdurera alors que les autres voile seront taillées dans de la toile de coton.

A la fin de voile de travail avant la seconde guerre mondiale, l'usage des toiles de coton pour les voiles sera généralisé.

Souvent les bateaux de pêche avaient les voiles tannées alors que les caboteurs et, bien sûr, les yachts conservaient leurs voiles de couleur blanche.

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Acacia à cachou

Quelque que soit leur matériau, la préservation de la moisissure, et l'allongement de la durée de vie des voiles à toujours été une préoccupation des patrons de pêche et des maîtres au cabotage.  Pour cela, différentes "recettes" locales de tannage des voiles ont été mises au point. Chaque port, chaque famille voire chaque patron avait sa recette.

Mais on peut cependant retenir quelques éléments plus généraux: Dans la première moitié de XIXème siècle on utilisait des décoctions d'écorce de chênes, les voiles étaient alors très brunes. Par la suite les pêcheurs vont utiliser du cachou extrait du bois de l'acacia à cachou ou cachoutier originaire d'Asie, le cachou ayant un pouvoir tannant supérieur au chêne. Les voiles deviennent alors rouge plus ou moins foncé. Puis au XXème siècle les pêcheurs vont utiliser de la poudre d'ocre rouge ou jaune.

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Tannage des voiles des homardiers de Loguivy

Les voiles ne sont pas tannées lorsqu'elles sont neuves, il est nécessaire que la voile se fasse et perde sont apprêt en particulier pour le coton.

Pour le tannage, les voiles sont mouillées à l'eau de mer, la "mixture" est préparée, sur un petit feu de bois, dans un grand chaudron, souvent loué aux pêcheurs par leur café habituel.

La mixture se compose, généralement, d'eau de mer, de poudre de cachou ou de poudre d'ocre et de matière grasse, souvent de l'huile de lin,  mais d'autres recettes utilisent de la graisse de cheval, de l'huile de foie de morue voir du Gas-oil (recette des années 50 des pêcheurs coquilliers de la rade de Brest)

Evidement, les résultats et les couleurs sont différents d'un port à l'autre. Dans le Finistère, les Douarneniste ont la réputation de tanner leurs voiles de couleur très foncées, par contre en rade de Brest c'est rouge, en Vendée, les pêcheurs apprécie la variété des couleurs, ils utilisent l'ocre rouge et jaune ainsi que la couleur bleue ou verte.

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Voiles tannées en rouge foncé ou en bleu des canots sardiniers d'Audierne

Dessin de Paul Emile Pajot

Les petites voiles peuvent être tannées par immersion dans le chaudron, pour les voiles plus grandes, une autre méthode consiste à étaler la mixture par  brossage énergique de chaque coté de la voile étendue sur une cale ou sur l'herbe. Apres un certain temps d'imprégnation, le tannage est fixé par un nouveau bain dans l'eau de mer.

L'opération en renouvelée, pour certain, tous les ans en début de saison pour d'autre tous les deux ans, les pêcheurs profite du tannage pour faire prendre de la couleur à leurs vareuses et à leurs pantalons de toile.

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Tannage au balai sur la grève d'une misaine ou d'un taillevent d'un canot sardinier de Douarnenez

Photo Charles L'Hermite

Pour avoir navigué dans les années quatre vingt dix,  sur An Durzunel juste après le tannage à l'ocre rouge  de sa misaine en toile meunière (Coton et polyester) je peux vous dire que la couleur met un certain temps avant de se stabiliser, l'équipage était transformé, pendant plusieurs jours, en peau rouge et les vêtements portaient de jolies marbrures roses et rouges.

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An Durzunel, misaine et foc tanné à l'ocre rouge et taillevent neuf.

Pour compléter nos connaissances sur le tannage des voiles, il serait très intéressant de mener une enquête pour répertorier les usages locaux dans le Trégor.

     Pierre-Yves

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Bisquine de Granville en régate à Cancale, ses voiles majeures tannées ont été réparées avec de la toile neuve, ce qui donne un certain mélange de couleur très courant sur les photos anciennes